7. L'évaluation des risques

Ne causer aucun dommage
Prise de décisions
Dans les meilleurs projets de développement, les objectifs et les indicateurs de succès subséquents sont partagés et convenus entre tous les participants et intervenants au projet.
Quand l'environnement des peuples indigènes ou leur mode de vie normal est radicalement changé, il est possible de leur apporter de grands bienfaits ou de leur causer de graves dommages. En invitant la communauté à participer à la prise de décisions finale, on permet à la sagesse traditionnelle d'entrer en jeu. La participation de la communauté aux décisions pallie les risques qu'elle court. Les décisions les plus difficiles se présentent lorsque le projet accroît simultanément les avantages et les risques potentiels pour les peuples indigènes. Dans les meilleurs cas, bien sûr, on devrait utiliser toutes les bases de connaissance pour réduire les risques courus par les particuliers ou par les communautés. Cela n'est toutefois pas toujours possible. Les responsables de projets devraient prendre des mesures de protection qui accordent de plus en plus de capacités de décision aux peuples indigènes proportionnellement aux risques que court leur communauté. Cela aidera à garantir que les notions profondes ou implicites seront appliquées directement dans la prise de décisions.
Beaucoup de peuples indigènes préfèrent garder une relation de subsistance ou de quasi-subsistance avec le territoire. D'autres aiment une combinaison de relations traditionnelles avec le territoire, augmentées significativement par les progrès technologiques. Comment le projet résoudra-t-il ces différences dans la communauté ?
Intégrer les mécanismes qui donneront aux peuples indigènes un rôle décisionnel proportionnel aux risques que courent leurs communautés.
Lois et politiques
Lorsque lon planifie un projet, il importe dévaluer ses chances de succès. Si les peuples indigènes sont directement ou indirectement influencés par un projet, et si les objectifs du projet requièrent que les peuples indigènes bénéficient du projet ou, à tout le moins, nen soient pas lésés, alors le contexte gouvernemental hôte a une grande importance. Les politiques nationales du pays hôte devraient:
On ne doit causer aucun dommage aux peuples indigènes parce que lon travaille à lintérieur des priorités dun autre gouvernement.
Les planificateurs de projets doivent comprendre que le meilleur moyen den arriver à un consensus est détablir un processus à intervenants multiples. Ce ne sont pas tous les pays, ni tous les groupes indigènes, qui participent facilement à ces arrangements. Parfois, cest parce que les peuples indigènes ont des droits constitutionnels différents, fonctionnent sous une loi distincte ou sont gouvernés par des politiques et pratiques différentes de celles qui régissent les membres de la culture dominante. À défaut de comprendre ces différences spécifiques, on risque de saper les meilleures intentions dinclusion des peuples indigènes aux processus collégiaux.
Comprendre les lois et règlements du pays hôte concernant les peuples indigènes, y compris les droits constitutionnels, les lois pertinentes, les énoncés de politique et les pratiques récentes.
Combler lécart
Acceptation de la connaissance traditionnelle
Le défi unique qui accompagne linclusion des peuples indigènes et de leurs systèmes de connaissance est linclusion de partenaires indigènes dans la conception du projet et dans des prises de décisions qui garantissent un accès suffisant à linformation, à la représentation et à une consultation significative. Lune des grandes raisons pour lesquelles les peuples indigènes et leurs systèmes de connaissance nont pas encore figuré de façon prééminente dans les projets de développement est quon ne les comprend pas suffisamment bien pour savoir comment les inclure. La connaissance indigène traditionnelle est un aspect important de la vie quotidienne dans les communautés traditionnelles. Cette connaissance est exprimée par la langue, par les pratiques et par la transmission réelle dinformations. La connaissance traditionnelle indigène est aussi une autre façon denvisager la vie et le monde qui nous entoure, doù le concept de système de connaissance.
Lorsque lon a recours à la science pour prédire les événements futurs, ce système comporte une ensemble de procédures importantes, de vérifications et dexigences de cohérence logique. Les hypothèses qui sous-tendent une méthodologie doivent être clairement énoncées, quil sagisse de traiter des statistiques ou de prélever des échantillons. Ce nest quune fois que tout cela est bien compris que lon peut faire des prédictions avec confiance. Pour atteindre un niveau de maîtrise suffisant, le savant doit passer de longues années détudes et de raffinement.
La même chose sapplique aux connaissances traditionnelles indigènes. Lorsquon doit les utiliser pour prédire les effets de certaines actions, ou pour évaluer limpact du projet, il y a des moyens importants par lesquels le praticien des connaissances traditionnelles comprend le degré de confiance quil peut avoir dans ses prédictions. Le novice ou le profane ne peut utiliser les connaissances traditionnelles indigènes de façon efficace, pas plus quun novice ne peut utiliser la connaissance scientifique. Dans les deux cas, les faits et linformation peuvent être recueillis, mais la sagesse et la compréhension quapportent les deux systèmes ne sont atteintes quaprès de longues années détudes.
Aborder les praticiens des connaissances traditionnelles de la même façon que la connaissance occidentale aborde les savants et les autres professionnels, pour faire bon usage des connaissances traditionnelles et de leur sagesse transgénérationnelle.
La prise de décisions est l'élément clé du contrôle de la destinée dun projet. Les décisions finales de tout projet sont habituellement prises par la personne qui a le plus important intérêt financier dans le projet. Linformation technique est rassemblée, analysée et synthétisée. Les recommandations et les conclusions sont formées et envoyées aux décideurs finaux. Les connaissances traditionnelles indigènes peuvent être traitées de façon similaire. Si lacquisition et linterprétation des connaissances ont bien été faites, les décideurs auront une ressource dinformations beaucoup plus solide sur laquelle ils pourront appuyer leurs décisions.
Bien que lon puisse tirer des faits et des données du savoir traditionnel, son véritable pouvoir réside dans sa capacité datteindre linconnu et de faire des prédictions. Dans lévaluation des risques, il ne faut pas négliger dévaluer le degré dacceptabilité des prédictions des Indigènes aux yeux des décideurs.
Linsensibilité culturelle
On compte plusieurs dangers potentiels dans lutilisation des connaissances traditionnelles. Lun des plus courants est linsensibilité culturelle. Celle-ci peut sexprimer par une attitude de supériorité culturelle ou simplement par lidée que les différences culturelles ne sont pas importantes. On évitera donc de faire participer les Indigènes trop tard ou de manière triviale. En faisant participer les Indigènes avant que les décisions dimportance critique naient été prises, on prévient la rancur et lhostilité. Une autre grave erreur est de faire participer les peuples indigènes et leurs connaissances à titre symbolique seulement, tout en ignorant leurs conseils. La combinaison de cette stratégie et dune attitude condescendante (« tout ira bien ») mènera à des mésententes qui auraient pu être évitées.
On doit éviter de faire participer les peuples indigènes trop tard ou de façon triviale ; cela fait courir des risques aux peuples indigènes et au projet.
Les principes sous-jacents de la connaissance traditionnelle sont très différents de ceux des approches basées sur la science ou la technologie, ce qui donne donc des résultats différents aussi. Comparativement à la science, par exemple, la connaissance traditionnelle tend à être plus puissante pour son exactitude locale et ses prévisions à long terme. La connaissance scientifique, en revanche, tend à mieux interpréter les influences de facteurs externes et répandus qui transcendent les communautés locales. Cest pourquoi, plutôt que dopposer les deux bases de connaissance, il est plus avantageux dutiliser leurs forces complémentaires pour renforcer laspect le plus faible de chaque base de connaissance. Ensemble, les deux forment un système de connaissance très puissant.
La responsabilité sociale et léconomie
On doit prendre des précautions spéciales lorsque lon conçoit des projets qui dépendent du commerce monétaire (un concept normal) pour leur viabilité à long terme (un résultat désirable) dans des secteurs où lon trouve des communautés indigènes qui nont pas déconomie de marché ou qui sont très peu familiarisées avec les entreprises commerciales. La plupart des gens qui ont vécu ou travaillé dans les tropiques sont familiarisés avec le « marchandage » ou le « prix négociable ». Dans beaucoup de cultures, lactivité de négociation dun prix équitable est un aspect important des affaires. On déçoit ou on insulte les gens si lon omet cette négociation.
Pourtant, dans beaucoup de communautés indigènes, spécialement celles qui vivent sur des îles, dans des jungles éloignées ou dans le Grand Nord, les ressources sont partagées dès quelles sont acquises. Il ny a aucun marchandage, et aucune somme dargent nest échangée lorsque lon partage du poisson fraîchement pêché ou de la chair de baleine. La tradition veut que, si quelquun dautre fait une prise similaire, il la partagera aussi de la même façon. (La tradition définit habituellement quelle doit être la part du chasseur ou du cueilleur.)
Une personne venant dune communauté basée sur le partage des ressources sera très mauvaise négociatrice dans un projet avec des gens qui ont lhabitude de transiger en argent. Ces personnes auront tendance à accepter la première offre pendant la séance de marchandage.
Voilà pourquoi certaines communautés indigènes sont extrêmement vulnérables à lexploitation, spécialement celles qui vivent près du territoire et sur une base de subsistance. On devrait prévoir des mesures de protection pour réduire les risques dexploitation indus.
Créer des protections pour protéger les communautés indigènes qui sont extrêmement vulnérables à une exploitation indue en raison de leur manque dexpérience ou leur rejet des systèmes de partage des ressources basés sur largent.