Manuel pour la prise en compte des connaissances traditionnelles indigènes dans la planification des projets de l'ACDI

1. Objet du manuel

Ce manuel constitue un sommaire préliminaire de l'information pratique servant à guider la planification et la mise en oeuvre des projets de l'ACDI quand des peuples indigènes sont affectés directement ou indirectement par un projet soutenu par l'ACDI. Pour plus de détails sur la gestion axée sur les résultats, telle que pratiquée par l'ACDI, consultez l'Annexe I. Le projet peut être développé par les peuples indigènes, ou peut simplement les affecter de quelque façon. Il n'est pas conçu comme un guide pour les opérations sur le terrain. C'est plutôt une série d'indicateurs qui alertent les agents de projets et les directeurs à propos des problèmes clés devant être réglés par des actions qui assurent que les peuples indigènes et leurs connaissances seront pris en compte lorsqu'il conviendra de le faire. Le manuel fait l'observation importante selon laquelle la connaissance traditionnelle est plus qu’une simple compilation de faits tirés de l'environnement local et, souvent, d'environnements éloignés. C'est un système de connaissance complexe et raffiné, basé sur des siècles de sagesse et d'expérience. Il n'est pas possible d'invoquer ce raffinement sans inclure les peuples indigènes eux-mêmes comme praticiens; de la même façon qu'un projet utilise les compétences des savants ou des planificateurs urbains.

Aucun manuel ne peut ni ne devrait tenter d'enseigner la connaissance traditionnelle indigène. De la même façon que la science ou tout autre ensemble de notions, de méthodes, de croyances et d'hypothèses requiert un contexte, un langage et des interprètes compétents pour servir efficacement à la planification ou à la mise en oeuvre, il en va de même de la connaissance traditionnelle. Les détenteurs légitimes de la connaissance traditionnelle indigène vont des aînés très habiles et expérimentés aux chasseurs en passant par les trappeurs, les cueilleurs d'herbes médicinales et les praticiens de toutes sortes. Les hommes comme les femmes atteignent des niveaux équivalents de sagesse et de compréhension par des moyens traditionnels. Souvent, on constate d'importantes différences entre les sexes quant au contenu de cette connaissance et à son utilisation.

Le manuel ne suggère pas de thème pour les projets. Il reconnaît que les traditions de divers groupes indigènes varient énormément et de façon importante en ce qui concerne le développement des projets. Toutefois, il n’appartient pas au présent manuel d'aller au-delà du simple rappel aux agents et directeurs de projets qu'il est d'importance critique de comprendre la culture particulière à l'intérieur de laquelle le projet a lieu.

Le manuel ne tente pas de traiter le sujet de façon exhaustive. Le sujet requiert un travail approfondi, et beaucoup de personnes de par le monde cherchent avec ardeur à résoudre les problèmes, chacun à sa façon. En fait, l'ACDI reconnaît que le manuel n'est qu'une des nombreuses étapes d'un programme de changement. C'est toutefois un grand pas en avant, qui souligne l'engagement de l'ACDI envers les peuples indigènes ainsi que les nombreuses politiques et conventions qu'elle respecte dans ce domaine.

La cueillette d'information et les révisions des versions préliminaires du présent manuel ont fait appel à la participation de nombreux détenteurs de connaissance traditionnelle, peuples indigènes, associations indigènes, organismes de développement, savants, agents de planification de programmes, organismes réglementaires et représentants de sociétés. Les employés de l'ACDI qui se sont intéressés au projet ont été particulièrement utiles à la clarification des questions reliées à leur domaine de compétence.

Études de cas

N° 1 Comment faire l'équilibre entre l'autonomie et la participation
Le projet Alto Mayo, au Pérou, était commandité par le Fonds international pour le développement agricole. La leçon fondamentale que l'on y a apprise est que la viabilité culturelle ne peut être sauvegardée que par l'occupation et l'exploitation continues des territoires traditionnels.

La vallée de la rivière Mayo était isolée du reste du pays jusqu'en 1970, date où la construction de la route Carretera Marginal y a donné accès. Spontanément, des colons des hautes terres et de la côte sont venus s'installer dans la vallée, ce qui a fait quintupler la population. Devant cette vague spectaculaire, les Aguarunas sont devenus une minorité défavorisée sur leur propre territoire traditionnel. Le projet de l'IFAD avait donc pour condition que l'on concède des titres de propriété terrienne officiels aux neuf communautés aguarunas qui vivaient dans le bassin de l'Alto Mayo.

Les communautés indigènes ont ainsi pu obtenir du gouvernement le droit de propriété sur leur terre communale avant que le gros de la vague d'immigration n’atteigne la région. C'est ainsi que les neuf communautés sont devenues propriétaires de 60 000 hectares de terres, dont 17 000 convenaient à une exploitation agricole intensive. Par conséquent, ils ont pu poursuivre leurs activités traditionnelles de culture agricole, cultivant près de 80 espèces de plantes, notamment le manioc, le maïs, le bananier et le riz. Ils complètent leur alimentation par la chasse, la pêche et la cueillette de fruits et de noix dans la forêt.

N° 2 – Les femmes indigènes et la médecine traditionnelle à Oaxaca (Mexique)
On s’intéresse de plus en plus aux médecines traditionnelles. Dans cette région, les femmes forment la majorité des guérisseurs traditionnels. Les guérisseurs ont formé 17 groupes à Oaxaca et pratiquent maintenant leur art dans leurs communautés. On y forme des sages-femmes indigènes, des guérisseurs spécialisés et toutes sortes d'autres praticiens. Les thérapies sont basées sur les herbes, le massage, la sudation, la chiropraxie et d'autres techniques convenant à divers malaises physiques et psychiques.

Après d'âpres luttes avec les associations officielles de médecins, les guérisseurs traditionnels ont finalement réussi à organiser des réunions conjointes pendant lesquelles ils ont partagé leurs expériences et tracé des plans de collaboration. Par la suite, deux rapports sur la médecine traditionnelle ont été rédigés, et les femmes indigènes en ont beaucoup profité. Leur participation a été un facteur clé pour cataloguer les plantes, les herbes et les pratiques de même que pour promouvoir la conservation et la disponibilité de produits médicinaux et de pratiques curatives. On a établi un plan global de santé avec le soutien du National Indigenist Institute, de l'Unicef et des ONG. Des guérisseurs reconnus forment les villageois indigènes intéressés à devenir agents de promotion de la santé par des cours et des ateliers mettant l'accent sur la récupération des connaissances communales sur les plantes médicinales et les pratiques de guérison traditionnelles.

Le statut des femmes indigènes a été amélioré par la création du conseil de la médecine traditionnelle, à l'intérieur duquel leur savoir est reconnu, et par l'ouverture de cliniques communautaires. Non seulement peuvent-elles faire usage de leurs connaissances traditionnelles de la médecine, mais on leur permet aussi d'améliorer très nettement l'exercice de leur pratique.

#3 Bearers of Knowledge: Mossi farmers of Burkina Faso and the Revival of a Terracing and Water Harvesting Practice in the Sahel
Early this century the Mossi put up lines of stones (bunds) on their cultivated land to build up terraces. Because of political instability this method was later abandoned. After a series of droughts in the 1970s, the bunds were revived. Pits that conserve water were added. They were filled with organic material to increase soil fertility. Other introduced systems were shunned. The stone bunds are built up over the years, reaching about one meter height, terracing the slopes with relatively little labor input during the slack, dry season. The semi-permeable bunds allow for a gradual seeping in of the water and prevent the run-off caused by the scarce but highly intensive rains, reducing the risk of crop failure and soil erosion. In the disastrous drought years of 1983 and 1984, crops grew on land with bunds, while adjoining fields grew nothing. The International Fund for Agricultural Development (LIIAD) assisted Burkina Faso to disseminate the technology throughout the country's densely populated central plateau, where today 150 villages on the plateau now have stone lines. Sorghum yields on the plateau have risen by about 40 percent in fields with bunds. Locally developed practices require an enabling political and economical environment. A participatory approach allows farmers the choice of technology.

#4 Maasai Weather Forecasting in Tanzania
Maasai alternate the use of their natural grassland according to seasons. This requires a timing decision on when and where to move next. They predict droughts as well as weather related diseases by watching the movements of celestial bodies in combination with observing the date of emergence of certain plant species (e.g.. Ole Kitolya). Such "early warning signals" of an approaching environmental disaster are used to determine any preventive measures, prepare for mitigation and decide on the course of the community in using the natural resources. Similarly, estimates of animal fertility can be drawn from such forecasts with implication on stocking rates and density. This knowledge is little researched so far. Traditional expertise in astronomy and weather forecasting in combination with conventional agricultural meteorology could enhance local forecasts on harvests and food security.