6. Comment acquiert-on les connaissances traditionnelles pour les projets ?
Les rudiments
Les meilleures pratiques sont loin d'avoir été établies pour ce qui touche l'acquisition et l'utilisation des systèmes de connaissance traditionnels des peuples indigènes. Certains idéaux émergent toutefois.
Dans le cours de l'acquisition de la connaissance traditionnelle indigène :
Indépendamment des pratiques, il importe de reconnaître une différence fondamentale dans les présomptions de base de chacune des parties. La plupart des planificateurs de projets ont déjà décidé que leur projet devrait aller de l'avant, et ils ne s'intéressent qu'à la manière de l'accomplir. À l'inverse, la plupart des communautés indigènes à qui l'on demande de participer se demanderont si le projet doit ou non aller de l'avant et non comment il faut procéder.
Respect, confiance, équité et responsabilisation
Reconnaître que la prise en compte des systèmes de connaissance traditionnels dans les projets requiert le respect, la confiance, l'équité et la responsabilisation des peuples indigènes et du système de connaissance traditionnel.
Comme dans tout système de connaissance, la puissance de celui-ci est ancrée dans l'expérience de nombreuses personnes qui ont trouvé un moyen d'accumuler leur expérience dans un ensemble de pratiques et de processus qui donnent une meilleure compréhension du monde autour de nous que celle que toute personne pourrait atteindre indépendamment. La connaissance traditionnelle utilise des indicateurs indirects qui, au fil des siècles, ont permis de prédire les événements avec précision. Les modèles de connaissance traditionnels peuvent être aussi bien mécanistes que non profanes ou métaphysiques.
Le respect, la confiance et l'équité sont essentiellement des préoccupations d'attitude tandis que la responsabilisation est une question de temps et d'argent pour aider à bâtir cette capacité. La responsabilisation est l'aspect le plus facile à mettre en oeuvre, mais il est souvent ignoré. Le respect, la confiance et l'équité sont fonction des relations personnelles et professionnelles. Dans les communautés indigènes, il faut parfois des années avant d'obtenir la confiance et le respect, particulièrement dans les localités où les Indigènes ont été réprimés. L'équité est facile à décrire, mais difficile à atteindre quand deux cadres de référence aussi différents que la science et la connaissance traditionnelle indigène doivent collaborer en harmonie, chacun arrivant souvent à des conclusions différentes.
Les quatre éléments se complètent.
Le respect à l'égard des systèmes de connaissance traditionnels signifie que les techniques utilisées sont des moyens valides de recueillir et d'interpréter l'information à propos des variables du projet.
La confiance est un aspect important de la relation entre les participants à l'acquisition et à l'utilisation des connaissances et à la compréhension qui vient des connaissances traditionnelles. Un savant se fie au cadre logique à l'intérieur duquel il travaille. La même chose s'applique aux praticiens des connaissances traditionnelles. Pour collaborer, chaque groupe doit faire confiance au travail de l'autre.
L'équité est l'un des aspects les plus difficiles. L'équité suppose quaucun des deux systèmes n'est meilleur que l'autre. Pour collaborer de façon intégrée, tous les systèmes de connaissance doivent reconnaître leurs forces et leurs faiblesses, et collaborer pour amener les systèmes à se compléter, en intégrant les forces de l'un avec les faiblesses de l'autre. L'équité peut faire problème quand deux systèmes de connaissance arrivent à des conclusions différentes. La pire erreur, à ce chapitre, est de présumer que l'un ou l'autre des deux systèmes est plus puissant. On devrait plutôt considérer les conclusions différentes comme un signe qu'il n'y a pas assez d'informations pour arriver à une conclusion convenable, ou que la question a été mal posée, ou encore qu'il y a encore un autre problème. L'application du principe d'équité crée un déclencheur pour la discussion et une nouvelle étude.
La responsabilisation signifie d'assurer que les parties ont la capacité de s'engager dans un dialogue significatif. Cela peut signifier que les responsables du projet devront investir un peu d'argent et de temps pour transférer leur expertise aux peuples indigènes de la localité. Cela peut signifier de développer la capacité du personnel du promoteur à comprendre les modes de pensée traditionnels et à s'y montrer sensible. Cela peut être aussi simple que de fournir l'infrastructure nécessaire pour que la population locale ait un moyen de participer à la planification et à la mise en oeuvre. Des quatre principes, la responsabilisation est celui qui peut le plus facilement être appliqué au processus, car cela ne requiert que du temps et de l'argent. Pour la même raison, toutefois, c'est aussi l'aspect le plus susceptible dêtre ignoré ou bâclé.
Les droits de propriété intellectuelle
Les droits de propriété intellectuelle sont conçus pour protéger la propriété du contenu intellectuel du travail d'un individu ou d'une entité légale. Ce concept devient plus compliqué lorsqu'il est question de connaissance traditionnelle indigène. Par nature, la connaissance traditionnelle est communale et non personnelle. En outre, la propriété intellectuelle doit être démontrable physiquement, par un document écrit, un enregistrement musical, une peinture, un dessin, un document électronique ou quelque article tangible. La connaissance traditionnelle indigène arrive parfois sous ce format. On peut protéger par le droit d'auteur des statues, des peintures et des dessins qui représentent la connaissance traditionnelle. On peut aussi protéger des enregistrements de chansons traditionnelles, de légendes et de pièces musicales.
La majeure partie de la connaissance traditionnelle, toutefois, repose dans l'esprit et les pratiques des peuples. Dans la plupart des cas, cette connaissance circule librement entre les membres de la communauté. En fait, le partage est le principal moyen de dissémination de la connaissance. Dans les sociétés indigènes, le concept d'information exclusive ou de vente d'information n'est pas facilement accepté. On trouve, dans le bulletin Honeybee, publié en Inde, un modèle de réseau de développement d'entreprises basé sur les connaissances traditionnelles indigènes sous forme d'articles tangibles à valeur ajoutée que l'on peut protéger.
Protéger et transférer aux communautés indigènes ou aux individus tout concept à valeur ajoutée qui émerge des détenteurs de connaissance traditionnelle indigène comme résultat direct du projet.
Des problèmes surviennent quand la connaissance traditionnelle est une marchandise commercialisable, exploitée à grande échelle par des peuples allogènes au bénéfice des Allogènes, spécialement lorsque les détenteurs initiaux de la connaissance traditionnelle en retirent peu ou pas de profit. Les peuples indigènes sont habituellement heureux de partager leur sagesse sur une base individuelle, mais pas si elle est commercialisée, tordue, trivialisée ou dégradée de toute autre façon.
Aujourd'hui, les peuples indigènes ont le sentiment qu'à titre de détenteurs et de développeurs de la connaissance traditionnelle, ils devraient être rémunérés pour sa diffusion et son accumulation, comme tout autre professionnel. Les gouvernements et les sociétés n'acceptent pas toujours l'idée selon laquelle les peuples indigènes devraient être rémunérés pour leurs connaissances. Quand le paiement tarde à arriver, les peuples indigènes peuvent refuser de partager leurs connaissances. C'est pourquoi les projets de développement devraient reconnaître le besoin potentiel d'un budget pour l'acquisition de la connaissance traditionnelle.
Créer des occasions par lesquelles les peuples indigènes peuvent bénéficier directement des concepts à valeur ajoutée dérivés des connaissances traditionnelles, pour que la communauté indigène puisse profiter de l'utilisation commerciale de ses connaissances traditionnelles.
Les planificateurs de projets auront aussi besoin de peser le pour et le contre de procéder avec un projet si les peuples indigènes qui en seront affectés refusent de partager leurs connaissances traditionnelles, que ce soit pour des raisons comme les intérêts exclusifs, le manque de soutien financier, le caractère sacré d'un lieu ou autre raison qui les oblige à conserver leurs connaissances à l'intérieur de leurs propres traditions. Cela peut empêcher de donner un poids égal à la science et à la connaissance traditionnelle.
Permettre aux peuples indigènes de définir les aspects de leurs connaissances traditionnelles qui sont destinés à la consommation publique et ceux qui doivent demeurer privés et confidentiels.
Les droits traditionnels aux ressources
Les droits traditionnels aux ressources des Indigènes stipulent que les peuples indigènes qui ont vécu sur le territoire depuis très longtemps et qui ont exploité les ressources de ce territoire pour leur alimentation, leur hébergement, leurs lieux sacrés, leurs routes de voyage et autres usages non commerciaux continuent d'avoir le droit de pratiquer cette même exploitation des ressources naturelles. C'est là un principe international qui est respecté par beaucoup de pays, mais certainement pas tous. Dans beaucoup d'autres pays, les peuples indigènes n'ont aucun droit reconnu au territoire ni à l'exploitation du territoire sans titre de propriété en bonne et due forme. Très peu de groupes indigènes peuvent démontrer un tel titre de propriété. Même dans les pays qui reconnaissent les droits aux ressources des Indigènes, on trouve une très grande variété de pratiques. La plupart de ces pays exigent une preuve que les peuples indigènes ont vécu sur le territoire et exploité les ressources de façon continue pendant toute la période.
Au Canada, la Cour suprême de Colombie-Britannique (dans le verdict sur le dossier Delgamuukw) a récemment reconnu la tradition orale, les performances, les histoires et les légendes comme preuves en cour. La cour a reconnu qu'en l'absence de titres écrits, les peuples indigènes pouvaient utiliser leurs propres traditions comme moyen de démontrer une utilisation continue du territoire. La cour a aussi reconnu que la présence physique continue n'était pas le seul critère. Une présence cyclique, périodique de longue date, ou la présence d'objets sacrés ou de tombeaux, peut aussi servir à démontrer les droits traditionnels au territoire.
Respecter et protéger les droits traditionnels des Indigènes aux ressources naturelles.
Il n'est pas difficile d'appliquer les droits traditionnels aux ressources dans les projets de développement si ces projets ne modifient pas le territoire de façon importante. Dans le cas des projets de développement où le territoire est modifié, les voies de déplacement interrompues, les lieux sacrés profanés, ou les moyens de subsistance réduits, les droits des Indigènes seront alors réduits ou perdus. La première étape logique pour éviter ces problèmes est de faire participer les Indigènes à une étude des problèmes éventuellement associés au projet. La plupart des questions seront faciles à régler, mais deux d'entre elles pourront être plus difficiles à traiter. Les peuples indigènes peuvent être réticents à dévoiler l'emplacement de lieux sacrés ou de zones spéciales de chasse et de cueillette. Pourtant, la communauté indigène tient à ce qu'on les laisse intacts. La connaissance traditionnelle des communautés régionales, et les emplacements qui sont hors limite, peuvent être utilisés avec succès, mais sans conflits, par la communauté locale pour déterminer ses meilleures options.
Demander l'endroit où le projet de développement serait le mieux situé, plutôt que de demander à quel endroit il ne devrait pas être situé.
Les peuples traditionnels indigènes comme partie du territoire
Les peuples indigènes vivent de façon traditionnelle sur environ 20 % des terres de la planète, souvent dans les parties de la nature les moins affectées par les économies industrielles et de marché. Leur utilisation du territoire inclut la subsistance, le développement de la culture et un sens de l'identité. Les peuples indigènes se considèrent comme faisant partie du territoire, et non comme les propriétaires de celui-ci. Leur sens inhérent de l'exploitation durable et de la protection est très différent de notre vision du territoire comme une ressource. La modification du territoire par les projets de développement a des effets qui se répercutent dans toute leur existence. Les peuples indigènes tiennent au développement moderne et au progrès. Ils comprennent que les projets de développement peuvent améliorer leur mode de vie et leur santé, mais ils savent aussi que ces projets posent un risque potentiel qui peut dégrader leur environnement en retirant des ressources naturelles ou en polluant le territoire sur lequel ils vivent. Les peuples indigènes ont besoin de vivre et de se développer selon leurs propres décisions et traditions, sur le même territoire, face à des projets qui modifient de façon routinière leurs conditions de vie fondamentales.
Par contraste, les sociétés allogènes considèrent généralement la nature comme un réservoir commercial potentiel de ressources naturelles. Les changements qui se produisent dans ces régions sont loin de la plupart des sociétés allogènes, qui n'en sentent donc pas les effets. Ainsi, pour une personne allogène vivant dans un environnement urbain ou suburbain typique, la conversion de zones naturelles en zones exploitées est rarement vue comme ayant un effet négatif, et est presque toujours considérée comme un progrès. En fait, les ressources naturelles sont souvent considérées comme gaspillées à moins qu'on les extraie et qu'on les exploite.
La survie des peuples indigènes est directement liée au maintien et à l'exploitation durable d'un écosystème sain et dynamique. La terre est vue comme une « mère », que l'on vénère pour la subsistance qu'elle fournit. C'est de cette mère que les Indigènes tirent leurs traditions, leur culture et leur subsistance. Pour la plupart des peuples indigènes, le territoire sur lequel ils sont nés et ont vécu est aussi important qu'une mère. En prenant « leur territoire » et en leur offrant en échange une parcelle de terre ou quoi que ce soit d'autre, on fait preuve d'une profonde incompréhension de l'essence et de l'importance de leur relation avec un territoire spécifique.
Reconnaître que les peuples indigènes ont le sentiment de faire partie du territoire, et n'acceptent pas facilement qu'on modifie de façon radicale cette terre, ou la relation qu'ils entretiennent avec elle.
Le développement : différences de perspective
L'un des aspects les plus difficiles de la planification et du lancement de projets se présente lorsque les aspirations des planificateurs ne correspondent pas à celles des Indigènes. Même quand les promoteurs sont convaincus que leur projet rapportera d'immenses avantages à beaucoup de gens, ces « avantages » peuvent ne pas être perçus comme avantageux par les peuples indigènes.
Engager le dialogue avec les systèmes de connaissance traditionnels avant que les décisions initiales ne soient prises pour aider à prédire les impacts d'un projet et être prêt à l'abandonner ou à le réviser substantiellement s'il y a risque de dommages aux peuples indigènes.
De profondes différences de vue sur l'utilisation du territoire et ses ressources créent souvent des difficultés entre les Indigènes et les Allogènes qui cherchent à convenir d'une marche à suivre mutuellement acceptable concernant les projets de développement. Les grands projets ont presque toujours un effet spectaculaire sur l'environnement et la culture. Si les peuples indigènes sont impliqués, les effets sont toujours puissants. Les peuples indigènes acceptent rarement d'assister à un grand changement dans leur environnement, car leur subsistance même dépend des modes de vie traditionnels sur le territoire. Le mode de vie traditionnel deviendra inopérable ou inefficace si l'on coupe à blanc une forêt au profit du développement urbain, de l'exploitation forestière, de l'agriculture ou de l'exploitation minière. Dans les pires cas, on peut causer de lourds dommages aux peuples indigènes. Les projets qui peuvent causer du tort comprennent les grands projets de développement visant à extraire des ressources naturelles, les projets visant à fournir des systèmes de soutien d'infrastructure dans les zones urbaines et rurales, ou les changements de politique dans la façon dont un organisme gouvernemental traite les projets de développement. Bien traités, et avec la collaboration éclairée des peuples indigènes, ces projets peuvent aussi rapporter de grands avantages.
Laisser de grandes marges d'erreur dans les modèles prédictifs, et inclure les coûts socio-économiques de l'économie souvent invisible du travail des femmes et de la vulnérabilité spéciale des femmes indigènes.
Les pratiques du passé ont grandement varié dans leur attention aux besoins des peuples indigènes. Les meilleures pratiques sont celles qui ménagent les besoins et les droits des groupes indigènes. En tenant compte de ces meilleures pratiques, et en utilisant les connaissances traditionnelles des peuples, on peut éviter des différends. Les domaines spécifiques à inclure dans un protocole mutuellement convenu incluent la propriété et l'exploitation du territoire, les droits traditionnels aux ressources naturelles, la réparation des dommages environnementaux, l'impact des facteurs socio-économiques pouvant mener à un dysfonctionnement et à une dislocation, et les changements importants dans les systèmes culturels. En ce moment, dans beaucoup de pays, les projets de développement sont une priorité qui lemporte parfois sur les droits humains des Indigènes.
Un projet viable doit garantir quaucun dommage ne sera infligé à une partie quelconque par lactivité de développement et que, dans le meilleur des cas, toutes les parties en retireront un avantage. Lapproche la plus utile est de reconnaître quil y a de profondes différences de points de vue, et que ces différences peuvent être vues comme des occasions de collaborer plutôt que comme des conflits.
Participation
Les coutumes indigènes varient beaucoup dun endroit à lautre. On commet une grave erreur si lon présume quune même approche ou quun même processus suffira pour tous les peuples indigènes. Par exemple, certaines cultures sattendent à marchander alors que dautres trouvent cette pratique insultante. Dans certaines cultures, on requiert le contact du regard pendant les négociations, alors que dans dautres cest inacceptable. Le fait de se tenir assis, à genoux ou debout a une signification spéciale dans chaque culture indigène. Certaines reconnaissent légalité des sexes et dautres non.
Comprendre les coutumes et létiquette locales, et former le personnel qui traitera avec les peuples indigènes avant le contact.
Comme les Indigènes sont, par définition, une nation ou un groupe souverain, ou un groupe autogouverné à lintérieur dune nation, il est particulièrement important de les faire participer à la planification et à la mise en uvre des projets dune façon qui préserve leur autonomie et leur statut spécial. Cest pourquoi, lorsque des projets affectent directement les peuples indigènes et leur relation avec le territoire, il ne suffit pas de présumer que ces peuples sont tout simplement un autre groupe dintervenants. Ils sont beaucoup plus liés au territoire quun simple « groupe dintérêt ». En revanche, sils sont seulement affectés indirectement, ou si leffet a peu de chances de modifier leur relation avec le territoire, il suffit alors de les inclure comme un groupe dintervenants, en présumant que leur autonomie est préservée.
Faire la distinction entre les communautés locales et indigènes, et veiller à ce que toutes deux aient des rôles à jouer ; les communautés locales comme intervenants de la culture dominante, et les peuples indigènes comme groupes dotés de droits traditionnels spéciaux.
Les modes de décision et de représentation des communautés indigènes sont généralement différents de ceux des peuples allogènes. Cest pourquoi les méthodes que lon doit utiliser pour inclure les peuples indigènes et leurs connaissances traditionnelles de façon efficace ne pourront être une simple extension des méthodes utilisées avec dautres peuples allogènes.
Faire correspondre lapproche participative à la sensibilité culturelle de la communauté indigène. Les stratégies de succès peuvent inclure des tables rondes, des séances de formation pour les formateurs, la cogestion et la recherche sur laction participative.
Par exemple, dans certaines communautés indigènes, mais pas toutes, on maintient une hiérarchie très stricte. Les membres de lélite ne demandent pas conseil aux rangs inférieurs. Les femmes de certaines sociétés peuvent être pénalisées si elles tentent de participer. Dans ces situations, le chef prend toutes les décisions qui seraient normalement requises dans la conception dun projet. Même si un projet requiert des tables rondes de tous les intervenants, on risquerait, en insistant sur cette exigence, de causer des torts réels aux gens, ce qui réduirait la crédibilité du projet et insulterait la culture locale.
Une stratégie fructueuse pour éviter ces problèmes est de responsabiliser la population locale en lui confiant la tâche de former ses collègues dans le domaine de compétence pertinent au projet. Selon ce modèle, les responsables du projet de lACDI élaborent un module de formation pour former les formateurs. Au fil du temps, linfusion dinformations et le perfectionnement des personnes formées permettent au projet dévoluer en accord avec la communauté indigène locale. Cela tend aussi à produire un impact plus durable, car la population locale sadapte aux conditions locales et sapproprie le projet.
Dans dautres communautés indigènes, les décisions sont prises uniquement sous forme de consensus avec la participation de tous les membres de la communauté, y compris les femmes et les enfants. Dans ces communautés, on désire ardemment voir une participation équivalente de la part du personnel du projet. On désire sentretenir directement avec les gens, allant des ouvriers jusquau chef de la direction et même jusquau ministre et au gouvernement. Dans ces situations, les tables rondes ou les cercles de discussion peuvent être utilisés avec succès, soit indépendamment ou en combinaison avec un programme de formation pour les formateurs.
La participation des peuples indigènes comme groupes autonomes est un élément essentiel pour en arriver à une compréhension mutuelle et à un consensus pour fixer les objectifs stratégiques, définir la chaîne de résultats escomptés, identifier les hypothèses sous-jacentes et les risques, et sélectionner les indicateurs de rendement qui conviennent.
Quelques questions simples peuvent guider le processus de planification.
Représentation des Indigènes
Le projet encouragera-t-il la communauté indigène locale à former un groupe de représentants sur la base des compétences ? Que dire des liens avec les communautés avoisinantes ? Le promoteur et la communauté établiront-ils des liens personnels et professionnels ? Établira-t-on un réseau de communications et de discussion entre les communautés indigènes et le promoteur ? Finalement, recueille-t-on des données pour déterminer si les projets de lACDI auront une meilleure représentation des connaissances traditionnelles indigènes et des communautés indigènes, et pour sassurer que les projets seront plus sensibles aux préoccupations des Indigènes grâce à lapplication des connaissances traditionnelles?
Dans le cadre des projets communs ou des recherches en participation, désigne-t-on des membres des communautés indigènes pour faire partie de léquipe ? Leur temps et leur travail seront-ils rémunérés ? Les peuples indigènes auront-ils le sentiment de pouvoir influencer le projet ? Les femmes sont-elles reconnues spécifiquement comme membres de léquipe ? Tient-on compte des compétences spéciales et des connaissances des femmes?
Coentreprises
Quelle ampleur prendra la surveillance et lévaluation du projet dans la perspective des connaissances traditionnelles ? A-t-on conclu des partenariats officiels ou informels, ou des ententes de coentreprise avec la communauté indigène ? Le projet invite-t-il la communauté indigène à entreprendre conjointement la classification de lutilisation des terres, des études dimpact conjointes et des prises de décisions conjointes ? Ultimement, y aura-t-il une forme quelconque de partage des investissements ou de coentreprise entre la communauté indigène et les promoteurs du projet ?
Représentation des Allogènes
Les communautés locales seront-elles contactées et distinguées des communautés indigènes ? Les autres intervenants seront-ils identifiés et représentés comme distincts des groupes indigènes ? Les discussions et les négociations auront-elles recours à quelque forme de table ronde, de parrainage dans la communauté ou autre moyen ? Finalement, les responsables du projet anticipent-ils et mesurent-ils les indicateurs permettant de constater une augmentation du niveau de satisfaction parmi les partenaires ?
Augmentation et maintien de la capacité
Fera-t-on une analyse des besoins de capacité socioéconomique ? A-t-on pris les dispositions nécessaires pour obtenir des traductions de qualité ? A-t-on planifié des ateliers de perfectionnement de la capacité ou des programmes de formation tant pour les peuples indigènes que pour le personnel du projet ? Identifiera-t-on un mécanisme pour soutenir la capacité acquise dans le projet ? Fournira-t-on de lassistance financière pour que les peuples indigènes puissent participer ? Finalement, les responsables du projet ont-ils lintention de recueillir des preuves de participation des peuples indigènes ? Y aura-t-il vraisemblablement des avantages socio-économiques ou des dommages pour la communauté ?
Le partenariat avec les détenteurs de la connaissance traditionnelle indigène
Il faut acquérir et utiliser les systèmes de connaissance traditionnels par l'entremise d'indigènes qui sont reconnus comme des experts et des détenteurs de savoir traditionnel par la communauté indigène.
Il est impossible à une personne allogène d'acquérir la connaissance traditionnelle en un court laps de temps. De plus, cette connaissance est rarement disponible sous forme écrite. Il faut donc faire participer des Indigènes comme partie intégrante d'un projet qui les affecte, tant dans l'interprétation des connaissances que comme décideurs sur le projet.
Prendre en compte les connaissances traditionnelles dès les premières étapes du projet et comme complément honnête des approches scientifiques ou occidentales.
L'expérience auprès des peuples indigènes partout dans le monde démontre qu'il faut une relation de confiance pour bien incorporer les connaissances traditionnelles à la planification et à la mise en oeuvre des projets. Cette confiance s'acquiert par les discussions avec les aînés du village, en parlant du projet d'une façon qui peut être comprise par les membres de la communauté, en collaborant directement avec les communautés indigènes pour formuler des plans communs sur l'étude d'impact, et en formant des équipes communes pour mener les recherches, la planification de projet et d'autres aspects de la prise de décisions environnementales et culturelles. Pour arriver à utiliser et comprendre les connaissances traditionnelles, il faut un engagement à long terme, le respect de la culture indigène et une volonté de consacrer le temps et l'effort nécessaires à l'écoute et à l'apprentissage. La plupart des communautés ont des réserves quant à l'utilisation de cette connaissance, craignant qu'elle soit mal interprétée ou utilisée pour leur causer du tort. Comme les projets de l'ACDI, et beaucoup d'autres, requièrent le dévoilement de la majeure partie de l'information, les Indigènes peuvent avoir une certaine réticence. Lorsque des sites sacrés sont en cause, la communauté peut hésiter à dévoiler leur emplacement afin de prévenir que le projet affecte ces zones.
L'acquisition de l'autonomie fait partie intégrante des systèmes de connaissance traditionnels. Il est utile d'inclure leurs systèmes de connaissance tant dans l'interprétation de celles-ci que dans leur mise en oeuvre en se fiant à des détenteurs crédibles de ce savoir traditionnel.
La cogestion
Lorsque l'on utilise la connaissance traditionnelle dans son contexte original, et en partenariat avec la science ou d'autres approches techniques occidentales, cette combinaison crée un puissant outil. On en trouve des exemples importants en gestion des ressources, où les gestionnaires scientifiques et des chasseurs, trappeurs ou pêcheurs indigènes collaborent et accordent un poids égal aux deux types de connaissance. Cela fonctionne mieux lorsque le processus de développement du projet et d'acquisition de la connaissance traditionnelle est vu comme une participation et non comme une consultation. La pratique de la cogestion fonctionne mieux si l'on accorde une marge de manoeuvre suffisante aux membres de l'équipe de cogestion qui se trouvent sur le terrain. Comme il est difficile de coucher sur papier la base d'information traditionnelle, les membres allogènes devraient être choisis parmi ceux qui ne se montrent pas sceptiques envers la connaissance traditionnelle. La relation intime et la confiance entre les membres de l'équipe doivent être maintenues pour conserver l'autorité et le pouvoir de la cogestion. Dans quelques cas, l'imposition de la cogestion à des communautés indigènes a causé la perte des précieuses connaissances traditionnelles sans rien amener en remplacement. Bien qu'elle soit parfois difficile, l'expérience de la cogestion peut être extrêmement positive.
Recherche sur l'action participative
On doit créer un partenariat entre les systèmes de connaissance traditionnels indigènes et les systèmes de connaissance utilisés par l'ACDI en utilisant des plans d'action communautaires, des recherches sur l'action participative, des coentreprises, le développement des capacités, le maintien des capacités et les techniques de cogestion.
La connaissance traditionnelle indigène sur l'environnement commence habituellement par la présomption que les humains ont reçu la responsabilité de respecter la faune et de vivre en harmonie avec elle. C'est pourquoi beaucoup d'aspects de la connaissance traditionnelle peuvent contribuer à une planification de projet viable, puisque cette connaissance a l'avantage d'être basée sur une longue expérience de la région.
La participation de la population locale à la recherche sur l'action participative et à la cogestion du projet peut nettement améliorer la base de connaissance de tout le projet, promouvoir le consensus et gérer les résultats et impacts selon une formule itérative basée sur la communauté.
Si la science ou la technologie est pertinente au projet, la meilleure façon d'intégrer les détenteurs de connaissance traditionnelle est d'utiliser ce que l'on appelle de plus en plus la « recherche sur l'action participative ». Les détenteurs de savoir occidental et traditionnel fonctionnent dès le départ comme des partenaires égaux jouant des rôles différents. Le développement de la connaissance indigène dans le projet prendrait forme comme suit :
Crédibilité des connaissances traditionnelles indigènes
La connaissance traditionnelle que l'on apporte à un projet est le fruit du travail des générations passées et présentes qui en préservent et en améliorent l'exactitude. Toutefois, cette connaissance n'est transmise au projet que par les générations présentes, et tous les membres de cette génération n'ont pas la même capacité de transmission de la connaissance. Lorsque l'on conçoit un projet, on prendra soin de considérer certains points :
L'utilisation conjointe de la science et de la connaissance traditionnelle en cogestion ou en recherche sur l'action participative peut être un puissant outil d'amélioration de l'efficacité des projets, mais cela requiert une relation basée sur la confiance et le respect de l'information apportée par l'autre partie ainsi que pour les diverses méthodologies utilisées.
Protocole d'acquisition
On doit reconnaître l'autonomie des peuples indigènes en observant leur protocole à l'égard des connaissances modernes, anciennes, publiques et privées, en respectant leur classification de l'utilisation des terres, y compris les utilisations sacrées et traditionnelles qui peuvent interdire le développement et en reconnaissant leurs droits traditionnels aux ressources et à la propriété intellectuelle.
Étant donné que le concept de propriété, tel que pratiqué dans les sociétés occidentales, est souvent étranger aux traditions des peuples indigènes, la recherche de moyens pour respecter leur sensibilité à propos de la connaissance est essentielle au succès du projet. Les peuples indigènes s'attendent aussi à recevoir de l'information et des avantages en retour de l'effort qu'ils font pour partager leurs connaissances avec les Allogènes. Cela peut être aussi simple que de veiller à ce que des copies des rapports de recherche soient remises à la communauté, ou aussi dramatique que de fournir l'infrastructure nécessaire pour permettre à la communauté indigène de réaliser son propre système matériel et logiciel d'information géographique.
Les protocoles d'acquisition des connaissances traditionnelles devraient être définis par la communauté indigène et acceptés par toutes les parties. Les protocoles peuvent être très simples, mais sont habituellement basés sur deux aspects : l'information déjà disponible et l'information qu'il reste à acquérir. Les principales variables du protocole définissent qui doit participer, de quelle façon les participants doivent s'impliquer, le type de l'information à acquérir, l'information qui est hors limite, l'usage auquel on réserve l'information, le titre de propriété et le contrôle de l'information, et, finalement, les dispositions financières pour l'acquisition et l'utilisation subséquente (spécialement si des revenus doivent être produits directement de l'utilisation des connaissances traditionnelles sous forme de produits ou de services).
Les protocoles d'acquisition des connaissances traditionnelles devraient être définis par les communautés indigènes et acceptés par toutes les parties.
La traduction peut être difficile. Pour plus de précisions, on peut faire traduire le texte vers la langue cible, puis le faire retraduire vers la langue source pour en vérifier l'exactitude. Les termes inhabituels (comme celui de « radiation ionisante ») n'ont peut-être pas d'équivalent direct dans la langue indigène. On peut alors demander à un aîné ou à un groupe d'aînés de concevoir un nouveau terme et d'en approuver la traduction.
Aide-mémoire des principaux points
L'établissement de calendriers avec les peuples indigènes
On doit élaborer un calendrier avec des indicateurs précoces et des moyens de communication, y compris la traduction en langues indigènes, qui soit sensible aux besoins et aux capacités des Indigènes.
Les peuples indigènes qui vivent sur le territoire sont aussi reliés au rythme de ce territoire, à ses saisons et aux migrations de la faune. Pour beaucoup de ces peuples, la chasse ou la cueillette se produit à une certaine époque de l'année ou pas du tout. Le fait de manquer un cycle peut être dangereux pour les peuples indigènes. Il est donc essentiel, lorsque l'on planifie le calendrier d'un projet, si des peuples indigènes et leurs connaissances doivent être pris en compte, que l'on établisse un calendrier souple. Cela peut être fait à l'avance avec la population locale, mais il faudra peut-être un peu d'interprétation pour savoir quelles seront leurs priorités.
Les indices précoces sont utiles aux deux parties. Toutes les parties peuvent s'entendre pour dire quels sont les jalons à franchir à chaque étape. Les problèmes apparaissent habituellement lorsque les jalons sont manqués. L'échéancier de travail peut être défini par des périodes de temps, mais celles-ci sont souvent inefficaces parce que les Indigènes ont leurs propres besoins, qui ne sont pas faciles à ajuster. Plutôt que des échelles de temps, il est parfois plus utile d'utiliser des indicateurs basés sur leurs traditions. Par exemple, une tâche devra être complétée avant la première récolte, mais après le festival du solstice. Cela permet aussi de reconnaître explicitement que les traditions indigènes et les travaux communautaires ont été intégrés à l'échéancier du projet.
Plutôt que d'utiliser des échelles de temps dans la planification du projet, il est parfois préférable de s'appuyer sur des indicateurs basés sur les traditions des peuples indigènes